De l’objet promotionnel à l’objet du souvenir

Depuis que le transport aérien a vu le jour, de très nombreuses compagnies aériennes sont apparues mais peu ont survécu jusqu’à nos jours, la plupart disparaissant pour des motifs économiques ou historiques. Leur existence passée est souvent ignorée du grand public, quand bien même auraient-elles eu un rôle de pionnier et déterminant.

Au-delà de leur souvenir parfois ponctuellement perpétué, il ne reste rien ou presque de ces compagnies. Aussi, lorsque de rares vestiges, telle que la maquette ici présentée, sont parvenus à traverser les époques, l’objet devient une invitation à remonter le temps et à nous souvenir.

Si l’immatriculation F-BEIM de la maquette ne laisse guère de doute sur la nationalité française de la compagnie, les initiales de cette dernière « S.T.A.E.O. » ou même celles de « COSARA » n’évoqueront pas grand-chose au plus grand nombre.

De 1947 à 1955 Cette compagnie a déployé ses ailes dans les cieux français bien éloignés de ceux de la métropole : en Indochine. La S.T.A.E.O, Société de Transatlantique Aérienne d’Extrême Orient (qui deviendra par la suite Société des Transports Aériens d’Extrême Orient) est l’une des pionnières des lignes aériennes en Indochine où elle achemina fret, passagers et troupes à l’aide de Junkers 52, puis de DC-3 et de SO-30P « Bretagne ». Cette compagnie était une filiale de la COSARA, affréteur exclusif des avions. Pour cette raison les avions arboraient non seulement les initiales de la compagnie propriétaire, mais également celles de la COSARA. Rien de plus naturel puisque, au-delà de la distinction juridique entre ces deux sociétés, elles étaient toutes deux l’œuvre d’un homme : Maurice Loubière.

Au-delà du simple transport de passagers, la COSARA a joué un rôle de premier plan durant la guerre d’Indochine, avec de nombreux vols pour l’acheminement du fret, l’évacuation (gracieuse) de nombreux blessés et de civils. Cela lui valut dès 1951 d’être nommée pour la Grand-Croix de la Légion d'Honneur Médaille Militaire pour service rendu.*

Pourtant si intiment liée à l’Histoire de notre pays, cette compagnie est aujourd’hui tombée dans l’oubli. Et c’est bien là tout l’intérêt de cette maquette : ce simple objet promotionnel est devenu, par la force de l’oubli, un très bel et touchant objet du souvenir.

C’est de toute évidence une production locale en feuille de métal mises en forme (longueur 35,5 cm, envergure 53,5 cm). La maquette est donc creuse avec des hublots et les vitres du cockpit ajourés. Cette particularité, qui l’a rendu certainement plus fragile, est la cause des principaux manques et accidents qui l'affectent. Elle est dépourvue de tout socle, lequel aurait pu être constitué d’une simple tige en métal sur une base en bois au contour de l’Indochine.

Il ne s’agit pas d’une de ces maquettes d’agence dont on pourrait déplorer l’état, mais d’une pièce d'époque, rarissime, qui perpétue le souvenir d’une compagnie qui fût liée, comme aucune autre, à l’histoire de la France.

*Pour de plus amples détails et images sur cette compagnie je vous invite notamment à consulter l’excellent article «Cosara, une compagnie d'aviation qui restera l'aventure d'un homme : Maurice Loubière» publié sur le site Saïgon/Vietnam.fr.

 

Vendu
Maquette DC-3 de la S.T.A.E.O./COSARA, feuilles de métal mises en forme (c. 1950)
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